EARTH – Hex ; Or Printing In The Infernal Method

5 Oct

EARTH - Hex(Southern Lord 2005)
(Southern Lord, 2005)
Americana minimale

Comme le Phœnix renaît de ses cendres, Dylan Carlson réactive enfin la légende Earth après neuf ans passés à combattre ses démons, entre addiction à l’héroïne et problèmes judiciaires liés au suicide de son ami Kurt Cobain. Par le passé, Earth avait désossé la musique de groupes comme Black Sabbath ou les Melvins, et partant de cette base, avait soumis le riff aux principes de répétition et de vibration du minimaliste La Monte Young ainsi qu’à un ralentissement extrême. Le séminal Earth2 (Sub Pop,1993) fut le point culminant de cet art qui invitait le drone dans la sphère du rock et eut une influence décisive sur un nombre incalculable de musiciens ( Boris, Sunn O))), Justin Broadrick, etc.).
Cinquième album studio, entièrement instrumental, Hex ; Or Printing In The Infernal Method ne déroge pas à ce principe, mais cette fois, c’est l’Americana qui sert de véhicule vers un voyage au cœurs des entrailles brûlantes et arides de l’Amérique historique, telle que l’ont décrit William Blake ou l’écrivain Cormac Mc Carthy. C’est d’ailleurs à un poème de William Blake issu du recueil illuminé Marriage From Heaven And Hell qu’Hex emprunte son sous-titre, et c’est ce même poème qui avait inspiré le Dead Man de Jim Jarmush une décennie plus tôt. Il n’est donc pas surprenant de trouver entre Hex et la bande originale de Dead Man composée par Neil Young des liens de parenté évidents, les mêmes errances méditatives, les mêmes atmosphères nébuleuses, l’évocation des mêmes fantômes, lacs, forêts, déserts et no man’s lands. Le son de Hex, d’une incroyable chaleur, est aussi fortement imprégné de la tradition du songwriting country-blues américain de musiciens comme Merle Haggard ou Duane Eddy. Il emprunte également certains traits figuratifs aux meilleures B.O. spaghetti d’Ennio Morricone et à son art de mettre en son le silence, le souffle du vent, un serpent à sonnettes ou l’apparition d’un mirage. Fort de cet héritage, Dylan Carlson et sa compagne et batteuse Adrienne Davies livrent un album épique, solennel, hypo-tendu et hautement poétique – une merveille, un grand disque, sans conteste le meilleur album de Earth et le plus abouti. Car cette fois, la lenteur et la répétition Carlsoniennes, si teintées de fatalisme par le passé, prennent une dimension nouvelle de profondeur, d’apaisement et d’espace.
Francoise Massacre
Publié dans: VERSUS MAG #5 (Octobre 2005)

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