SUNN O))) – Black One

3 Oct

SUNN O))) - Black One (Southern Lord 2005)
(Southern Lord, 2005)

Quelque chose se passe qui n’est pas pour nous déplaire, mais qui, dans le même temps – en admettant que l’expression artistique est en étroite relation avec son époque – est un constat plutôt sombre sur ce début de siècle. Nous vivons un âge d’or des musiques extrêmes, et le succès annoncé du Black One en est l’un des symptômes, au-delà même de l’immense force de frappe médiatique du label Southern Lord et de tout ce qui touche de près ou de loin à Sunn O))). ces temps-ci. Car comment expliquer autrement la ferveur du public et de la critique pour un album dont les trois ingrédients principaux sont l’abstraction, la célébration de l’aspect physique du son, et l’atmosphère, lugubre et oppressante ? Qui plus est, en s’éloignant considérablement de l’esthétique monolithique, primitive et hypnotique du tout-au-drone, qui permettait de se laisser piéger dans les méandres de la masse sonore de manière relativement passive et immédiate, le Black One devient sans conteste le disque le moins « accessible » de toute la discographie de Sunn et demande de se plonger avec une attention accrue dans les subtilités du son. Que les puristes se rassurent quand même puisque la puissance dévastatrice des infrabasses reste une composante substantielle du Black One. Mais le grand tour de force de Steve O’Malley et Greg Anderson est d’avoir réuni une fois encore sur un même disque des musiciens d’horizons aussi divers que le black metal (invités d’honneur : Wrest de Leviathan et Malefik de Xasthur, deux des personnages-clef du renouveau de la scène black metal américaine), l’avant-garde free-noise (John Weise) ou post-digitale (Oren Ambarchi, sculpteur et contrôleur de basses fréquences), ou encore le desert-rock (Mathias Schneeberg, ex-Operator et Scott Reeder ex-Kyuss, Goatsnake…), et de filtrer ces personnalité musicales par le biais de la supermachine Sunn. Le résultat est une opaque fusion sonore dans laquelle le Malin s’insinue par les centaines de petites portes que constituent les détails subtils et organiques de la production ainsi que les références explicites aux pères du black metal : Bathory, Immortal, Sin Nanna. L’excellence du traitement des voix positivement abjectes – de Wrest et Malefik (certaines ayant été enregistrées en immersion dans un cercueil) rajoute encore à l’impression intense de confinement comme dans le glaçant « It Took The Night To Believe », au-dessus duquel flottent les fantômes de My Bloody Valentine, Whitehouse et Abruptum. Parions que les puristes du True Black ont déjà (con)damné ce disque et ses géniteurs à brûler ad eternam dans les flammes de l’Enfer.
Francoise Massacre
Publié dans: VERSUS MAG #5 (Octobre 2005)

couv VERSUS MAG #5

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