THRONES – Day Late, Dollar Short

12 Juil

THRONES - Day Late, Dollar Short (Southern Lord 2005)
(Southern Lord, 2005)
Slack Metal

Joe Preston n’est pas né de la dernière pluie. Après avoir été membre du groupe pionnier de drone-rock Earth aux côtés de Dylan Carlson au début des 90’s, il rejoint pour un temps les légendaires Melvins. Plus récemment, il enregistre le White 1 et le White 2 avec les barbus de Sunn O))) puis remplace George Rice à la basse dans High On Fire, le brillant projet heavy-trash de l’ex-Sleep Matt Pike. Dans les cercles du métal déviant, croyez-moi, beaucoup seraient prêts à vendre leur chemise, leur âme et pourquoi pas leur mère en échange d’une telle carte de visite. Mais aussi enviable et respectable soit-il, Preston reste un homme de l’ombre et peu de gens sont au fait de son one-man band atypique. C’est donc seul et sous le nom de guerre Thrones que Preston réalise Alraune en 1996 et le double ep Sperme Whale en 2000.
D’autres néanmoins lui vouent un culte discret et soumis, à l’instar de Stephen O’Malley et de Greg Anderson du label Southern Lord sur lequel paraît aujourd’hui Day Late, Dollar Short : une sélection chronologique rassemblant 78 minutes de raretés et d’inédits enregistrés entre 1994 et 2001. Si la nature même de la compilation et des morceaux choisis en fait une galette un peu inégale, elle rend pourtant compte de l’extraordinaire éclectisme musical de cet homme ovni, sorte de Lou Barlow du metal lo-fi, qui puise aussi bien dans son passé au sein des Melvins, que dans l’univers bizarre des Residents ou de compositeurs comme John Carpenter ou Badalamenti. A mesure que s’enchaînent les 19 miniatures, on découvre un monde sonore parallèle et multidimensionnel qui ne ressemble à rien d’autre. Heavy-doom inquiétant, pièces électroniques bruitistes, ambient retors, stoner baroque, marches funèbres et sludge futuriste : Preston jongle avec les genres et les atmosphères, les mêlant, les tordant, puis les démêlant à grands renforts d’effets, de collages, de feedbacks, de séquenceurs surannés, de synthés ultra cheap, de boîtes à rythmes névrosées, de lignes de basse pachydermiques, de voix débilitantes pitchées, vocodées, accélérées ou passées à l’envers. Au milieu de ce génial bric-à-brac dont l’humour et l’étrange constituent le ciment, les cinq remarquables reprises (« Oracle » de Rush, « Black Blade » de Blue Oyster Cult, « Eastern Woman » des Residents, « Young Savage » de Ultravox et « A Quick One (While He’s Away) » des Who) montrent que le sludge master hirsute détourne avec la même audace qu’il construit.
Francoise Massacre
Publié dans: VERSUS MAG #4 (Eté 2005)

couv VERSUS MAG #4

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