KHANATE – Capture & Release

11 Juil

KHANATE - Capture & Release (Hydra Head 2005)
(Hydra Head, 2005)
Dead metal / Sonic sludge

Le temps et le recul seront sans doute nécessaires pour mesurer l’impact de cette bombe souterraine lâchée en plein été par quatre fous touchés par la grâce. Ce qui est certain, c’est que l’on a affaire à l’un des disques les plus aboutis, noirs et définitifs de tous les temps, au même titre que le Flowers Of Romance de Public Image.
Comme Lydon et Levene avaient réduit le punk en bouillie après l’avoir dégraissé jusqu’à l’os pour n’en conserver que la substantifique moelle, puis l’avaient transformé en une mixtion glaciale et inédite de démence, les deux premiers albums de Khanate avaient repoussé loin aux extrêmités les frontières du post-doom et du sludge, territoires que l’on pensait déjà être des zones de non-droit, où rien de pire ne pouvait arriver que ce qui existait déjà. Avec Capture & Release, James Plotkin (OLD, Scorn, Atomsmasher), Alan Dubin (OLD), Stephen O’Malley (Sunn O))), Burning Witch), et Tim Wyskida (Manbyrd, Blind Idiot God), au sommet de leur art funèbre, règnent désormais en maîtres absolus de ces terres décharnées. En reprenant à leur sinistre compte les bases du sludge de la Nouvelle Orléans (ce métal rampant de pestiférés issu des profondeurs du bayou tel que le pratiquaient Eyehategod ou Buzzoven, remarquable pour son ultra-lenteur, ses atmosphères sales et poisseuses, et ses soliloques vocaux d’écorchés vifs), les rois maudits de Khanate réussissent l’impensable: la radicalisation par l’expérimentation d’un genre déjà extrême et corrompu, au sens Shakespearien du terme. Et puisqu’on évoque la tragédie, évoquons en les ressorts : les longs apartés d’un Dubin magistral, possédé et théâtral, tour à tour chuchotés puis hurlés à la mort, le roulement feutré des toms ponctué par une explosion de cymbales, la lourdeur et l’étirement maximum des guitares et du temps, le ronflement funeste d’une basse parfois réduite à un quasi-silence subsonique, la dynamique de l’ensemble d’un extrême à l’autre, la tension permanente, les grincements, le dépouillement, le sentiment d’absurde et de fatalité qui émane de ce magma fumant ; tout ici concourt à l’immensément tragique. Capture & Release possède un pouvoir délétère d’une intensité rare et renferme le génie pervers de ces albums jusqu’au-boutistes dans lesquels les silences prennent autant de place que les sons, où les murmures se font aussi déchirants que les cris, où la lenteur, loin de donner le répit, devient l’ultime supplice.
Francoise Massacre
Publié dans: VERSUS MAG #4 (Eté 2005)
couv VERSUS MAG #4

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