SLEATER KINNEY – The Woods

10 Juil

SLEATER KINNEY - The Woods (Sub Pop 2005)
(Sub Pop)
Rrrrock

Après s’être longtemps ébrouées dans l’ombre de leurs consœurs, et alors que le mouvement Riot Grrrls du milieu des années 90 s’est peu à peu essoufflé à mesure que les groupes majeurs (Hole, L7, Bikini Kill, Babes In Toyland) mettaient la clé sous la porte, les trois pétroleuses de Sleater Kinney sont aujourd’hui les seules à ne pas être restées sur le carreau. Avec plus de dix ans de rock dans les pattes, un récent changement de label (de Kill Rock Stars à Sub Pop) et ce septième album en passe de devenir un des blasts indie de l’année, le power trio féminin et féministe n’a non seulement pas pris une ride, mais mieux, sa flamme est plus chatoyante et incandescente que jamais. Car The Woods est un méchant disque de rock, libre, passionné, excitant, sauvage et entier comme peu osent encore l’être aujourd’hui. Il y a d’abord ce son garage très personnel développé au fil des albums et de concerts réputés explosifs. Un son mature, à la fois lourd, chaud et brut de décoffrage, sublimé et magnifiquement mis en espace grâce au savoir-faire du producteur Dave Fridman (Mercury Rev, Low, Mogwai, Flaming Lips). Mais surtout, alors que la plupart de leurs albums précédents négligeaient la richesse des compositions au profit de l’énergie, The Woods révèle une écriture foisonnante et bien plus subtile qu’il n’y paraît. Chaotiques au premier abord, chacun des morceaux semble échafaudé pour adhérer parfaitement avec la force électrique du trio d’une part, et ses aspirations plus lyriques de l’autre. Pop songs excentriques ou enlevées à la QOTSA (« What’s Mine Is Yours »), rock couillu à la Motörhead, ballades proto-folk (« Modern Girl »), garage 60’s, jams psychédéliques hendrixiens (il faut écouter « Let’s Call It Love », redoutable débâcle fougueuse de 11 minutes) : les genres se côtoient avec audace sans jamais tomber dans l’excès, si ce n’est celui tout à fait louable d’honnêteté. Et si ces dames ont gagné en maîtrise, elles n’ont pas perdu une once de la rage qui les anime depuis leurs débuts, qu’il s’agisse du fond, des thèmes abordés ou de la forme, c’est-à-dire le chant furieux de Corin Tucker (entre Kate Pierson et Jello Biafra), la frappe martiale et surpuissante de Janet Weiss, les riffs gras, culottés et tout en fuzz de Carrie Brownstein. Et si The Wood devenait l’album de la consécration artistique à défaut d’être commerciale ?
Francoise Massacre
Publié dans: VERSUS MAG #4 (Eté 2005)

couv

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