MELVINS – Stoner Witch

5 Avr

MELVINS - Stoner Witch (Atlantic 1994)
(Atlantic, 1994)

Avec Sonic Youth, les Melvins doivent bien être les seuls sur cette putain de planète à avoir pratiqué une forme de résistance commerciale en sortant trois albums d’affilée sur une super major du disque et à en avoir profité grassement, ostensiblement et comme il se doit sans y avoir laissé des plumes. Quel gros bras d’honneur que ces « Atlantic years ».
Il faut dire que depuis leurs débuts en 85, et jusqu’à l’avènement du Grunge au début des 90’s, les Melvins évoluaient tranquillement dans la catégorie « groupe génial dont personne n’a rien à secouer ». Mais lorsque le monde se mit à dépouiller chaque phrase prononcée par l’oracle générationnel Kurt Cobain, les maisons de disques, qui avaient trouvé leur vache à lait dans tout ce qui touchait de près ou de loin à la grande mayonnaise que représentait la scène de Seattle, commencèrent sérieusement à se demander si elles n’étaient pas passées à côté de quelque chose, ou du moins s’il n’était pas temps de rattraper le temps perdu (et le temps, c’est de l’argent) en signant les Melvins, ou comme qui dirait, les vétérans sans qui rien de tout cela (Mudhoney, Nirvana, Soundgarden, l’accordage des guitares en Ré) ne serait arrivé. Echange de bons procédés: King B, Dale C et leur bassiste (pas encore viré) Mark D ayant eux aussi besoin de faire rentrer la caillasse afin de pouvoir continuer à s’ébruiter paisiblement, le contrat est finalement signé pour 3 albums.
1994. « Stoner Witch » est donc la deuxième livraison de cette trilogie Atlantic, prise en sandwich entre « Houdini » produit par Cobain, et « Stag ». En 94, les Melvins sous contrat réussissent néanmoins un coup de maîtres en sortant l’album déglingué « Prick » sur le label indé Amphetamine Reptile :
– « Vous voulez faire quoi ? Sortir un disque chez un indépendant ? Bullshit ! Vous avez un CONTRAT avec nous !
– Ok, mais écoutez-le d’abord, parce que de toute façon vous ne serez pas intéressés»
Et c’est exactement ce qui s’est passé.
S’il est donc vrai qu’en apparence, credo du marché oblige, Stoner Witch et les deux autres albums des années major sont un peu moins boderline que le reste de la discographie pléthorique des Melvins, il n’en reste pas moins que les apparences sont parfois trompeuses. Et c’est bien mal connaître Buzzo et Crover que de les imaginer vendant de la soupe pour un paquet de pognon. Ainsi, si vous voulez savoir comment faire partouzer frénétiquement Black Sabbath, Black Flag, Throbbing Gristle, Saint Vitus, Metallica, Ministry, Kiss, Jesus Lizard, ZZ top et Motorhead lubrifiés au vitriol, vous trouverez en Stoner Witch un mode d’emploi ébouriffant et sarcastique sur la meilleure manière de s’y prendre. Et point de partie de jambes en l’air entre pointures sans éjaculations tubesques : « Revolve » et « Queen » sont peut-être devenus les seuls vrais classiques du groupe, aussi hirsutes et vicelards soient-ils. Ça rocke, à mort. Précisons aussi que les rusés Melvins avaient pris soin de mettre les morceaux les plus barrés en face B du vinyl afin de ne pas choquer les oreilles trop douillettes ou trop paresseuses de leurs interlocuteurs d’Atlantic d’entrée de jeu et d’amener progressivement l’auditeur vers des contrées moins intelligibles et plus expérimentales. Preuve que l’effort fut payant puisqu’un album plus tard, les Melvins se faisait remercier par Atlantic. Ils n’ont jamais bronché.
Francoise Massacre
Publié dans: VERSUS MAG #3 (Avril 2005)

couv VERSUS MAG #3

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