V/A – Earth : A Legacy Of Dissolution Remixes

4 Avr

Legacy Of Dissolution Remixes (No Quarter 2005)
(No Quarter, 2005)

2005 sera l’année de la consécration pour Earth ou ne sera pas. Un album de remixes et une reformation avec un nouvel opus à la clef, c’est beaucoup pour un groupe dont le leader déchu, le « Sisyphe du Rock » Dylan Carlson, est presque plus célèbre pour ses accointances avec Kurt Cobain, dont il fut l’ami, le dealer, et le pourvoyeur en armes – notamment celle qui lui servira à se faire sauter le caisson en 1993 -, que pour ses frasques musicales. Et pourtant, aujourd’hui, c’est toute la crème de l’underground qui paye son tribut à ce groupe (cet homme) pionnier, méconnu et sous-estimé, dont l’album sobrement intitulé Earth2 (Sub Pop, 1993), fut la véritable pierre angulaire du renouveau de la drone music et du sacre absolu du genre dans les sphères du rock, du metal et des musiques expérimentales. Oui mais voilà, malgré un casting de rêve (trié sur le volet par Carlson lui-même) qui ferait baver n’importe quel lecteur du Wire (Sunn O))), Autechre, Jim O’Rourke, Russel Haswell, Mogwai et Justin Broadrick), on peut néanmoins remettre en question la légitimité musicale de cet exercice de style périlleux qui consiste à tordre ou à détordre des originaux d’une beauté qu’on oserait pas égratigner. De même qu’on n’oserait pas couper un grand cru, même avec un autre grand cru, la musique de Earth doit se déguster pure et sans additifs.
Les remixes les plus anecdotiques sont sans doute ceux du musicien harsh-noise digitale Russel Haswell, et des écossais de Mogwai, tentative fourre-tout peu inspirée pour faire vaciller le titanesque « Teeth Of The Lion Rule The Divine » dans un chaos semi-électronique entiché de glitchs carrément agaçants.
Le même morceau est néanmoins réinterprété avec maestria par les doomlords de Sunn O))), groupe-tribut à Earth et revendiqué comme tel. Il ne pouvait en être autrement, quand on sait que O’Malley et Anderson avaient poussé leur dévotion mystique à Earth jusqu’à monter un super-groupe de drone-doom du nom de Teeth Of The Lion Rule The Divine, le temps d’un album magistral.
La palme du remix le plus torché revient à Autechre, qui revisite « Coda Maestoso in F(Flat) Minor », en filtrant et en compressant très légèrement l’enveloppe de la piste de guitare. Pas d’autre ajout, et pas de soustraction. Foutage de gueule ou revisitation suprêmement intelligente ? : En conservant intacte la structure de ce morceau, répétition fataliste jusqu’à l’absurde, il a le grand mérite de ne pas étouffer le désespoir catatonique latent qui flotte dans toute la discographie de Earth.
Enfin, Justin Broadrick (Godflesh, Jesu, Napalm Death) et Jim O’Rourke (homme à tout faire, hyperactif, multi-instrumentiste, prescripteur, compositeur, producteur et cinquième membre de Sonic Youth) parviennent à mettre de la lumière et de la vie dans la tourmente sombre et désolée de Carlson. Et c’est bien lui, O’Rourke, qui signe de loin le remix le plus réussi, le plus personnel et le plus généreux, en redonnant au drone sa couleurs primitive, celle de l’expérimentation telle que la pratiquait La Monte Young, Tony Conrad et le Dream Syndicate à la fin des années 60.
Francoise Massacre
Publié dans: VERSUS MAG #3 (Avril 2005)

couv VERSUS MAG #3

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