BORIS – Akuma No Uta

4 Avr

BORIS Akuma No Uta - Reed Southern Lord 2005
(Southern Lord, Réédition 2005)

Après avoir successivement réédité leurs deux premiers albums Absolutego et Amplifier Worship, Southern Lord (qu’on ne présente plus) poursuit son travail de faiseur de culte en s’attaquant cette fois à Akuma No Uta (originalement sorti en 2003 sur le label japonais Diphalanx en édition très limitée), ce qui permettra au plus grand nombre d’accéder enfin à la musique des nippons sans avoir à se ruiner inutilement sur les sites de vente aux enchères.
Dans un paysage musical japonais stylistiquement très compartimenté, l’éclectisme du power trio underground Boris (un nom emprunté au morceau des Melvins sur Bullhead) relève de l’exception. Cette manière de faire feu de tout bois, de brasser les influences conscientes ou inconscientes, d’accumuler les symboles et les références plus ou moins explicites à l’histoire du rock (comme la pochette d’Akuma No Uta, hommage manifeste au Bryter Layter de Nick Drake) et du métal constitue même un acte quasi-pédagogique dans un pays où la connexion entre les genres et les scènes s’établit avec peine. Depuis 1994, leur discographie en forme de revisitation protéiforme, sans pillage ni plagiat et toujours surprenante, louvoie donc entre rock psychédéliques, drones de tout poil, sludge, doom, punk, garage, expérimentations minimalistes et collaborations (Merzbow, Keiji Haino, etc.), chaque album s’appliquant à mettre en avant l’une ou l’autre des ces facettes, à les décliner sous toutes les formes possibles ou bien à les mélanger allègrement dans un maelström transgenre tout Borissien.
En dépit d’une légère dominante psyche-garage frénétique/rock’n’roll facial entre Hendrix, les Stooges et Motörhead, Akuma No Uta (littéralement «la chanson du Diable») n’en reste pas moins un disque totalement hybride ponctué de longues plages instrumentales cosmiques (les 9 minutes d’introduction dopées aux feedbacks), de jams psychédéliques à la Blue Cheer ou de réminiscences sabbathiennes. Avec, toujours, cette façon qu’ils ont d’osciller entre les extrêmes de la fureur et de la délicatesse, de la rage et de la volupté, du tellurique et de l’aérien. Le tout est baigné dans une production typiquement 70’s magnifiant la chaleur des amplis Orange de la guitariste Wata, et qui fait sonner Akuma No Uta comme l’un de ces « trésors cachés du rock » que l’on nous déterre toujours 30 ans après, comme si le rock avait encore quelque chose à cacher.
Francoise Massacre
Publié dans: VERSUS MAG #3 (Avril 2005)

couv VERSUS MAG #3

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :