postjournal of a postgraduate sonic massacre


DIAMANDA GALAS @ Theatre du Gymnase, Paris (24 septembre 2006)
24 septembre 2006, 13:22
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YOUNG WIDOWS @ Batofar, Paris (23 septembre 2006)
23 septembre 2006, 13:24
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AKIMBO @ Batofar, Paris (23 septembre 2006)
23 septembre 2006, 13:13
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INTERVIEW – (THE) MELVINS: Le Rock n’est pas mort (il a un Alzheimer)
15 septembre 2006, 15:19
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melvins

photos (c) kaz tsurudome

On ne va pas vous faire un dessin, Tanxxx l’a déjà fait dans le dernier numéro pour illustrer le dossier Melvins. Simplement, depuis ce dernier numéro, il s’est passé des choses qui méritent qu’on s’y arrête : d’abord, c’est confirmé, les Melvins ont fusionné avec le duo Big Business, soit Coady Willis et Jared Warren. Depuis, et pour la première fois en plus de vingt ans de carrière, les Melvins ne sont plus trois, mais quatre, avec deux batteurs. Et puis, étrangement, subitement, ils se font appeler (The) Melvins. C’est sous cette forme inhabituelle qu’ils viennent de sortir (A) Senile Animal, dix-huitième album studio, sans compter les innombrables albums lives, ep, singles, disques solo, projets parallèles et autres bizarreries. Sans compter non plus leur album précédent, Houdini: A Live History Of Gluttony And Lust sur lequel nous n’avions été que trop brefs. Et après ça, promis, on arrête de vous embêter avec les Melvins… jusqu’à nouvel ordre.

Ca se passe bien avec les Big Business?
Buzz : Jusqu’à présent oui, mais on vient de commencer. Tout peut arriver ou plutôt tout va arriver.
Dale : Ces deux gars ont joué dans d’autres groupes assez populaires aux USA – de grands groupes, des groupes géants. Ce sont des gros types qui font du business, et bien que le batteur soit gros, il est gaucher. Mais ça marche super bien parce que je suis droitier, donc en quelque sorte, on se rejoint au milieu.

Pouvez-vous me raconter comment Jared et Coady ont finalement intégré le groupe, comment ça s’est passé, qui a contacté qui…?
Buzz : Oui, je pourrais tout te raconter, mais je ne pense pas que je vais le faire. Bon… ok. C’était mon idée. Ca s’est fait en six mois à partir du jour où on est rentré en contact. On cherchait quelque chose de neuf, et on a mis le doigt dessus.
Dale : C’était un peu difficile au départ, mais nous les avons lobotomisés. Ils ne pourront plus jamais revenir en arrière.

Est-ce qu’ils ont participé d’une façon ou d’un autre à l’écriture de Senile?
Buzz : Disons que j’avais la plupart des morceaux en tête, mais ils leur ont vraiment donné du corps. Jared a écrit certaines parties ainsi que des lignes de voix ici ou là. C’était stimulant… mais pas d’un point de vue sexuel.
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photos (c) kaz tsurudome

Y’a-t-il des morceaux qui ont radicalement changé avec leur arrivée?
Buzz : Les nouveaux morceaux n’ont pas changé puisqu’ils n’existaient pas encore. Les vieux morceaux ont pris une couleur nouvelle, si on veut.

Les raisons du départ de Rutmanis? C’était sa propre décision ou il s’est fait virer?
Buzz : Se faire virer n’était pas sa propre décision. Parcontre, c’était sa décision de faire ce qui l’a amené à se faire virer.

Vous n’avez jamais pensé à engager Trevor Dunn comme bassiste… heu… “permanent” au moment de Houdini Live?
Buzz : Quant on lui a demandé, il nous a dit d’aller sucer le chien qui était couché dehors. C’est un putain de jazzeux, ce qui pour nous signifie : un sale lèche-cul qui ne pense qu’à faire des solos. Quel nase.

Vous allez continuer à tourner avec ce concept de Houdini Live?
Buzz : On devrait continuer, mais qui sait… J’espère qu’on pourra faire plus de concerts avec Trevor, mais c’est un poltron, une vraie bite.

Qu’est ce qui vous a décidé à sortir ce disque?
Dale : On n’avait aucune autre idée à ce moment-là, et l’album (Ndlr : Houdini, 1993, Atlantic) s’était très bien vendu dans le passé, ça a été notre plus grosse vente. Alors on s’est dit que tout le monde allait l’acheter une deuxième fois! Atlantic est encore déficitaire de plusieurs millions de dollars et on a réenregistré l’album sans qu’ils puissent même espérer en voir la couleur ! Ils ne pourront pas toucher un seul centime sur ce disque. L’argent ira directement sur nos comptes en banque.

Rétrospectivement, vous portez un regard plutôt négatif sur les années Atlantic?
Buzz : Pas du tout. Si Atlantic avait voulu continuer à sortir nos disques, on serait encore sur une major – avec les mêmes conditions. On avait la possibilité de faire ce qu’on voulait sans avoir de problèmes. Ils ne nous dictaient rien. S’ils nous avaient dit : «On veut que vos morceaux sonnent plus à la No Doubt», ou plutôt : «Sonnez comme Nirvana», là oui, j’aurais déguerpi, et ça aurait été la fin de l’histoire.

C’est donc en tant que «classique» qu’Houdini a été choisi pour la série Don’t Look Back des All Tomorrows Parties. Pensez-vous aussi que c’est l’un des meilleurs disques de votre discographie ?
Dale : Non, mais on était content qu’ils ne nous demandent pas de jouer Gluey Porch Treatments ou Ozma. On aurait dû refuser. Pour nous, ces deux albums sont comme des problèmes de math très complexes. Ca aurait été comme retourner au collège, avoir un contrôle de math et se planter. Non, je ne pense pas que ça soit notre meilleur disque, mais c’est peut-être un classique en effet. Nous sommes vraiment contents qu’ils nous aient demandé de le jouer sur scène. On s’est beaucoup amusés en le faisant.

Revenons au nouvel album. Pourquoi “THE” Melvins?
Buzz : Et pourquoi pas?

Peux-tu expliquer le titre: (A) Senile Animal?
Buzz : Ca a un rapport avec (Un) Animal Senile. «(Un)» comme un certain quelque chose, «senile» comme gâteux je suppose, et «animal» comme dans «Eric Burden and…»

Comment s’est déroulé le travail à deux batteries ? Ca a été facile de trouver un terrain d’entente?
Buzz : On a travaillé très dur sur les batteries. Donc dire que ça a été facile est un doux euphémisme. Dale et Coady sont de bons batteurs, ça nous a bien aidés.
Dale : En fait, c’est plus facile maintenant – pour partager l’argent. A trois, c’était toujours compliqué, il y avait toujours un centime en trop. Mais aujourd’hui, c’est plus simple d’arrondir la somme, on arrive à être à peu près équitables, même si on les paye toujours moins bien que nous.
melvins

photos (c) kaz tsurudome

melvins

photos (c) kaz tsurudome

Après les collaborations avec Lustmord et Jello Biafra, vouliez-vous, en quelque sorte, revenir à un son plus «purement» Melvins, pour autant que ces deux mots mis bout à bout aient un sens…?
Buzz : On peut dire que c’est vrai, à un certain degré, mais pas entièrement. Je ne rabaisserai jamais le disque avec Lustmord ou notre travail avec Biafra en disant que ça n’est pas du pur Melvins. C’est plus pur que ça ne le sera jamais. Les gens doivent comprendre ça.

Vous comptez sortir d’autres disques avec Biafra?
Buzz : Rien n’est prévu pour l’instant. On aimerait sortir un album live.

Vos motivations sont-elle les mêmes aujourd’hui qu’à vos débuts il y a 23 ans?
Buzz : Au départ, on trouvait ça cool de faire un concert. On continue à trouver ça cool, donc oui, nos motivations sont les mêmes.

Vous pensez quoi du statut de “groupe sous-estimé” auquel les Melvins sont souvent associés?
Buzz : J’aimerais mieux gagner plus d’argent, plutôt que de me soucier de savoir comment nous sommes “estimés”. Certaines personnes ont sans doute de bonnes raisons de penser que nous sommes sous-estimés.

Et celui de « groupe le plus influent»?
Buzz : Pas grand chose. Globalement, on a souvent l’impression que les groupes ont cinq ou dix ans de retard sur nous. Si les groupes de Doom et de Gloom sont populaires aujourd’hui : ok, génial, c’est ce qu’on faisait déjà il y a quinze ans. N’importe quoi. Personne ne peut gagner avec ce genre de musique. Qu’ils fassent ce qu’ils veulent. On était une grosse influence pour Kurt Cobain, et regarde ce qui lui est arrivé.

Tu as déjà pensé à faire autre chose que de la musique pour gagner ta vie?
Buzz : Comme quoi ? Si je devais choisir, je serais sous-fifre. Ou bien voleur.

J’ai vu une affiche pour une soirée d’Halloween à Jacksonville avec les Melvins, Altamont, Porn, Dave Stone, Big Business et David Yow. Est-ce que Yow fera une performance solo, ou chantera avec l’un des groupes? Il prépare un album solo, non?
Buzz : En fait, aucun de ces groupes ne jouera avec nous ce soir là. David Yow chantera pour nous à Atlanta et Athens.

Vous allez tourner en Europe pour Senile?
Buzz : Je pense…

melvins

photos (c) kaz tsurudome

Du neuf avec vos projets parallèles, Altamont, Fantômas, Venomous Concept?
Buzz : Fantomas n’a absolument rien de prévu pour l’instant. Pour Venomous Concept, Dieu seul le sait. Altmont va sortir un nouvel album intitulé Cue Stick.

Et avec les Melvins, la suite est déjà prévue?
Buzz : Nous devrions sortir un disque de remixes avant la fin de l’année.

Francoise Massacre & Vuk Valcic
Publié dans: VERSUS MAG #9 (Septembre 2006)
couv VERSUS MAG #9



BLUT AUS NORD – MoRT
11 septembre 2006, 16:02
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BAN - MoRT
(Appease Me… / Candlelight, 2006)
Unorthodox Black Metal

La métamorphose eu lieu en 2001, quand Blut Aus Nord, après quatre années de silence, sortit à nouveau des limbes avec The Mystical Beast Of Rebellion, un album magistral qui venait insidieusement bousculer les codes d’un Black Metal grippé, autosuffisant, prisonnier de son alphabet et enseveli sous le poids de ses principes. Les deux disques suivants, The Work Which Transforms God et le Ep Thematic Emanation Of Archetypal Multiplicity s’inscrivaient logiquement, mais peut-être plus radicalement encore, dans ce processus expérimental et transgressif : préserver l’esprit du Black Metal, sa noirceur et ses atmosphères, mais en rejeter les dogmes, en refuser le formalisme, et pour cela, le déconstruire, puis le reconstruire en le nourrissant d’autres influences. Aujourd’hui, MoRT marque l’aboutissement à la fois musical et symbolique de cette démarche, comme le chant d’un cygne malade de la peste. L’album déploie lentement ses huit chapitres, comme autant de sombres tentacules, dans un Tout unifié par un vocabulaire commun – qui emprunte parfois certains traits au jazz-rock, au rock progressif ou post-industriel -, mais où la complexité est toujours au service du rampant. Micro-intervalles, rythmes composites et décharnés, syncopes, étirements, allongements, guitares arachnéennes, mécanique des dissonances, growling caverneux, viscosité des timbres, interludes comme des field-recordings sur les rives du Styx : tout ici concourt à l’immensément sinistre. C’est comme si, au fil de ces errances glaciales, Blut Aus Nord avait pris un plaisir vicieux à éliminer tout recours aux sacro-saintes ficelles de la tonalité (l’axe tension / résolution) pour ne laisser en pâture aux mortels qu’une spirale de désolation sans fin et sans commencement. Dans MoRT, la catharsis n’existe pas, le repos éternel non plus. Il y a bien cette vague lueur, lorsque Vindsval pousse sa voix en chant clair, mais elle est aussitôt happée dans ce bouillon de fatalisme hostile, qui évoque la condamnation éternelle de Sisyphe, héros de l’Absurde et de la Déroute. L’écoute de MoRT est une expérience éprouvante qui ne laisse place à aucune forme de compassion, pas même envers ses propres démons. N’espérez pas vous émouvoir, pleurer, vous apitoyer et encore moins souffrir : MoRT est un disque d’anti-pathos absolu, froid comme la glace, oppressant et jusqu’au-boutiste, un chaos organisé dans le sens du non-sens.
Francoise Massacre
Publié dans: VERSUS MAG #9 (Septembre 2006)
couv VERSUS MAG #9



INTERVIEW – BLUT AUS NORD: Unorthodox Paradox
11 septembre 2006, 15:04
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ban

Depuis les treize ans qui les séparent de leurs débuts, Vindsval, GhÖst, et quiconque se cache derrière l’Enigme Blut Aus Nord, n’ont cessé de transfigurer le genre même sur lequel repose l’ensemble de leur production, mutante et dissidente. En débarrassant le Grand Macabre de ses traditionnels artefacts et poncifs formels, leur nouvel album, MoRT, plus éprouvant que jamais, pousse le paradoxe Black Metal jusqu’à un comble d’où ne subsistent que le fond et l’essence – sépulcrale. Entretien avec Vindsval.

Avant de vous attaquer à la réalisation de chaque album, vous en définissez un concept extrêmement précis, un peu à la manière d’un story-board pour le cinéma. Quel est celui de MoRT? Peux-tu nous parler de sa genèse?
Nous avons passé de nombreux mois à discuter de l’album avant de commencer sa composition, nous avions trop d’idées que nous ne parvenions pas à mélanger, trop d’angles d’attaque possible, trop de thématiques, trop de texte, trop de tout… Comme c’est le cas pour chacun de nos albums nous sommes partis dans un nombre incalculable de directions pour finalement nous recentrer sur le titre, sur ce mot MoRT qui s’est imposé comme le seul chemin à suivre, une forme ultime de néant parfait mais extrêmement complexe débouchant à la fois sur rien et sur tous les possibles imaginables. Il nous a évoqué ces riffs maladifs, ces guitares rampantes et décharnées, nous avons finalement voulu que notre musique souffre, que chaque note exprime le malaise. De tout un concept il n’est resté que la quête obsédante d’une atmosphère glauque, d’un paysage sonore poisseux et dévasté. Cet album est une histoire d’ambiance, le ressenti prend le dessus sur le cérébral.

Tu disais avoir voulu aller “au bout du Black Metal”?
Nous avons voulu avec MoRT toucher le fond d’une vision du Black Metal que nous développons depuis notre troisième album, aller au bout de cette idée, au bout de ce Black Metal malsain, dérangeant, dissonant, malade et torturé. Nous avons ouvert une brèche abominable avec The Mystical Beast Of Rebellion et nous nous sommes engouffrés dedans. Au bout du chemin nous attendait ce MoRT qui est aujourd’hui notre album le plus sombre, peut-être l’une des pires choses que la musique ait engendrées. Nous sommes allés au bout de ce Black Metal car nous n’insisterons pas (pour le moment) dans cette voie. Nous avons touché quelque chose avec MoRT et nous ne voulons pas le salir en composant une copie de cet album. Nous savons aujourd’hui que nous n’avons plus rien à apporter en travaillant dans ce sens et il est par conséquent temps d’explorer d’autres voies, certainement moins morbides mais toutes aussi profondes.

On imagine que l’acronyme MoRT (Metamorphosis of Realistic Theories) et les titres que vous aviez initialement donné aux morceaux de l’album («Ruins Of The Genesis (Antiparticles)», « Samsaric Ocean »…) sont en rapport direct avec la physique quantique, les théories de la perception du réel, de l’espace et du temps, et leurs implications philosophiques sur le rôle de la conscience dans l’appréhension et la compréhension de l’univers. Thematic Emanation y faisait également référence. C’est comme si, par le biais de ces références, vous vouliez donner un sens supplémentaire à vos disques, une piste de réflexion, en dehors de l’aspect purement musical…
Nous avons besoin de donner du sens à notre musique, pas pour l’auditeur (pour qui les choses peuvent sembler un peu «abstraites») mais pour nous-mêmes. La composition d’un album est une véritable aventure intérieure et philosophique dans la mesure où cela nous oblige à aller chercher des réponses à des questions posées par nos titres, nos riffs, nos textes qui sont souvent écrits de façon très compulsive. Je vis pour chaque album un moment très étrange où je ne fais plus évoluer le projet mais où lui me fait avancer, réfléchir, un moment où l’album n’est plus sous notre contrôle. C’est une étape très délicate mais stimulante (et envahissante) qui t’oblige à travailler énormément pour progresser et atteindre de nouveaux buts que tu n’avais même pas imaginés. Tout cela est très personnel, difficile à comprendre parfois et impossible à expliquer… mais qui peut aujourd’hui m’expliquer ce monde, le temps, la mémoire et tous les réels possibles… c’est pour cette raison que nous laissons traîner un peu de texte sur nos albums ou sur notre site, quelques écrits jetés à qui veut bien les lire.
Je ne suis pas certain que ces pistes de réflexion, ces références qui font partie de notre travail soient suffisamment bien retranscrites pour que l’auditeur se sente réellement concerné par cet aspect de notre travail, je pense qu’il retient surtout la musique que nous composons et c’est ce qui importe dans la mesure ou c’est cette forme d’Art que nous avons choisie pour nous exprimer.

Est-ce que le caractère musical relativement complexe de MoRT – recours à l’atonalité, dissonances, micro-intervalles, rythmes composites -, part d’une volonté de traduire musicalement le principe d’incertitude inhérent à ces théories, comme une remise en cause d’un déterminisme musical/black metal où les jeux seraient déjà faits?
Totalement. Nous refusons cette idée de choses figées, de jeux aux règles établies par d’autres et nous refusons que le Black Metal soit une chose figée vouée au pourrissement, nous refusons de pratiquer un Art dans des règles que d’autres ont décidé pour nous. L’Art dans son ensemble, et le Black Metal en particulier, ne doit pas connaître de limites. Nous considérons ce style de musique comme quelque chose de profondément subversif, pas quand il se contente d’être la méchante musique d’un Satan de carnaval, mais quand il est hors style, qu’il remet tout en question en détruisant, en (se) ré-inventant, en reniant pour avancer… quand il est un feeling insaisissable.

Il y a néanmoins cette référence à Satan dans la citation issue d’un rapport du FBI sur les crimes occultes dans les notes de pochette, qui dit que plus de crimes ont été commis au nom de Dieu, de Jésus et de Mahomet qu’au nom de Satan. Ce constat (ou cette forme indirecte de «dénonciation» ?) vient-il étayer votre propre interprétation du Satanisme ?
Les Satanistes sont des hippies inoffensifs au palmarès peu impressionnant. Si toutes les religions étaient aussi efficaces en matière de propagation du chaos, la Terre serait un havre de paix. En luttant, (silencieusement et discrètement quand même, l’adversaire est féroce), contre les religions «établies», les Satanistes luttent contre la haine, la guerre, la mort et l’intolérance. Ce sont des humanistes qui militent de toute évidence pour un monde meilleur… bénis soient-ils.

Quelle est la part d’incertitude dans la musique de BAN?
Totale, comme dans nos vies. Nous ne savons absolument pas ou Blut Aus Nord ira sur les prochains albums, les possibilités sont infinies, quand elles ne le seront plus nous arrêterons.

Dans MoRT, encore plus que dans les albums précédents, l’aspect technique semble extrêmement important. Est-il, pour vous, plus qu’un simple moyen pour arriver à ses fins?
La technique sert simplement à ne pas être limité, rien n’est plus frustrant que de ne pas pouvoir concrétiser une idée à cause d’une lacune technique. MoRT est un album très complexe à plusieurs niveaux mais cette complexité n’est pas une fin en soi, nous en avions besoin pour atteindre ce que nous avions en tête et ce vers quoi les compositions se sont lentement dirigées. La technique doit servir la musique, l’inverse ne présente aucun intérêt, seul le feeling doit exister et celui de MoRT n’aurait pu se construire dans la simplicité.

Pour la première fois, on entend du chant en voix claire, un peu à la manière de Virus ou Vend Buens Ende. Pourquoi n’avoir jamais sauté le pas auparavant?
Il y avait déjà un peu de chant en voix claire sur nos deux premiers albums, c’est quelque chose que nous utilisons quand nous estimons qu’un morceau en a besoin, comme pour tout le reste nous n’avons pas de cahier des charges. Néanmoins c’est quelque chose que j’aimerais personnellement développer un peu sur un prochain album.

Peut-être plus que jamais dans MoRT, on perçoit des influences musicales très éloignées du BM traditionnel, même si elles étaient déjà extrêmement palpables depuis The Mystical Beast.
Du Black Metal nous n’avons gardé que le feeling, le fond. La forme traditionnelle est précieusement conservée par les puristes qui ont la noble excuse de l’intégrité pour masquer leur incapacité à faire évoluer leurs compositions.
Évidemment nous écoutons énormément de choses, non pas pour piller mais pour nous ouvrir de nouveaux horizons, nous offrir quelques possibilités supplémentaires. L’important est de digérer tout ce qui peut t’influencer et d’en faire ta propre matière, quelque chose de nouveau. Par exemple Trey Gunn a été une grosse influence pour les riffs de MoRT (s’il savait ça je pense qu’il se suiciderait), c’est inaudible en écoutant l’album mais sa façon de jouer nous a permis d’imaginer une utilisation encore différente des guitares pour cet album.
Nous essayons d’écouter tout ce qui se présente, nous sommes constamment en quête de nouveaux vocabulaires musicaux… plus tu as de vocabulaire mieux tu t’exprimes.

Vous aviez, je crois, envisagé un featuring de Jarboe. Cette collaboration va-t-elle aboutir?
Nous avons eu cette idée mais pas pour cet album, nous aurions en revanche beaucoup aimé pouvoir travailler avec quelqu’un comme Diamanda Galás sur MoRT, le résultat aurait été terrifiant. Je pense que nous collaborerons avec Jarboe sur un prochain album ou un MCD mais nous ne voulons pas d’un featuring sans autre intérêt que de faire figurer un «nom» sur une pochette. Le but serait plutôt de composer quelque chose dans lequel elle puisse se sentir parfaitement à l’aise et qu’elle prenne ainsi entièrement en charge toutes ses parties, nous envisageons une véritable collaboration artistique qui permette à tout le monde de s’exprimer pleinement et de profiter de l’émulation créée pour avancer, progresser et essayer de nouvelles choses.
Maintenant, je ne peux absolument pas te dire quand cette collaboration pourra se concrétiser ni même si elle se concrétisera un jour, elle a beaucoup de projets en cours, nous en avons également beaucoup trop et il faudra évidemment que nous discutions en profondeur du sujet avec elle avant de nous lancer dans cette aventure.

Vous aviez également annoncé MoRT comme un double album avec deux styles distincts. Pourquoi avoir abandonné l’idée en cours de route ?
Comme je te le disais tout à l’heure nous sommes partis dans beaucoup de directions différentes avec MoRT et ne pouvant pas tout travailler sur un seul album par souci de cohérence nous avons pensé qu’il serait intéressant de sortir un double représentant deux approches différentes de ce titre mais nous nous sommes rendu compte en cours de route de la quantité astronomique de travail qu’il faudrait fournir et nous avons préféré garder toutes ces idées de riffs, de titres et de textes pour les retravailler ultérieurement afin de nous consacrer pleinement au MoRT qui sort aujourd’hui. Tout ce matériel figurera sur un futur album déjà intitulé The Destruction Of Reason By Illumination.

Même si les notes de pochettes sont extrêmement macabres, il s’en dégage un sentiment qui tient davantage d’un fatalisme noir que d’un réel pessimisme face à la Mort…
Pas de pessimisme, l’espoir permet d’être pessimiste mais l’espoir n’a aucune place ici. Un fatalisme noir effectivement, teinté d’une haine défaillante, d’un dégoût profond et d’une certaine mélancolie. Ces notes sont le résultat d’une grande Fatigue.

Comment a-t-on accueilli l’album chez Candlelight?
Ils sont très excités à l’idée d’avoir un album comme celui-là à travailler, ils ont fait de MoRT leur grosse priorité, considèrent BAN comme leur nouveau Emperor et sont extrêmement motivés, tout s’annonce donc plutôt bien. Ils ont déjà fait de l’excellent boulot sur The Work… qui s’est depuis beaucoup vendu et sur les rééditions des deux premiers albums. Nous attendons de voir ce qu’ils feront avec MoRT dont le caractère commercial nous semble tout de même assez limité…

Pourtant, The Work et Thematic Emanation se sont relativement bien vendus par rapport au tout-venant de la production Black Metal actuelle, non?
Oui. Candlelight nous a réellement permis de franchir un cap à ce niveau, en Europe évidemment mais surtout aux États-Unis, où Candlelight USA fait un énorme travail et nous a permis de toucher un nouveau public, à tel point que nous vendons désormais plus d’albums aux États-Unis qu’en Europe.
Cela ne change en rien notre façon de travailler et d’appréhender notre musique (MoRT est là pour en témoigner) mais en revanche, il est très agréable de savoir que nos albums sont disponibles absolument partout et bénéficient désormais d’une importante campagne de promotion.

Depuis vos débuts il y a 13 ans, votre vision profonde de la musique a-t-elle considérablement évoluée, ou bien, finalement, seule la forme change-t-elle?
Notre vision de la musique est exactement la même, nous avons simplement évolué, mûri, et surtout nous nous sommes ouverts mais les bases et les buts à atteindre restent les mêmes. Nous sommes fiers de chacun de nos albums et ne renions absolument rien, nous avions une ligne de conduite au début et nous sommes restés fidèles à ces principes. Les modèles, les «pères» de Blut Aus Nord (Quorthon et Bathory en tête) sont toujours les mêmes et c’est toujours vers ces références que nous allons puiser l’essence de BAN, quel que soit le projet en cours…

On a pu lire et entendre ici et là des histoires de «concurrence» entre BAN et Deathspell Omega. Quelles relations entretiennent les deux entités ?
Je n’avais pas encore entendu ces histoires de concurrence entre les deux groupes, au contraire Deathspell est l’un des rares groupes actuels que j’apprécie personnellement beaucoup et qui propose une musique de qualité et un concept très complet. Leur dernier MCD Kenôse laisse entrevoir de belles choses. C’est un groupe qui travaille sérieusement et qui, avec quelques autres comme Axis Of Perdition ou Spektr par exemple, peut faire avancer les choses, les pousser encore un peu plus loin. Le Black Metal a besoin de ces groupes, bien plus que de tous les pompeurs de Mayhem, Dark Throne ou Burzum qui ne servent strictement à rien…
Pas de concurrence donc et pas de relations non plus, nous ne faisons pas beaucoup de copinage dans ce milieu.

Pour finir, j’aimerais que tu me parles de ton label, Appease Me.
Avec Appease Me… le but est de travailler avec des Artistes, pas de simples musiciens mais des Artistes ouverts qui ont envie d’avancer sans s’imposer de limites. C’est dans cette optique que nous avons signé Coprofago récemment, groupe qui est en train de se séparer de ses influences pour se lancer dans quelque chose de plus personnel, ils ont un potentiel incroyable et pourraient devenir les nouveaux Cynic. Nous venons de sortir l’album de Spektr qui est une véritable expérience, une œuvre fascinante, ainsi que celui de Comity qui est d’une densité absolument incroyable, la construction de cet album nous a totalement bluffés. Les deux nous ont mis une grosse claque !
Au cours des prochains mois nous sortirons les albums d’Eternal Majesty, Forest Silence, Bunkur, Apocryphal Voices et un nouveau MCD de Monolite.
Quelques signatures importantes sont en cours de «négociations» mais il est évidemment beaucoup trop tôt pour en parler… Nous essayons de développer des relations réellement amicales avec les groupes que nous signons, nous sommes aussi, et surtout, musiciens et nous aimons échanger avec eux sur leur travail, le nôtre, imaginer et prévoir des projets communs, etc…

www.blutausnord.com
Francoise Massacre
Publié dans: VERSUS MAG #9 (Septembre 2006)
couv VERSUS MAG #9



COSTES – Oeuvre Au Noire / THE GAULT – Even As All Before Us
10 septembre 2006, 13:35
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COSTES Oeuvre Au Noir
(Amortout, 2004)
Sodomie

THE GAULT Even As All Before Us
(Flood The Earth / Amortout, 2004)
Dark Music

Amortout est un label des plus étranges. D’abord, les disques sont arrivés empaquetés dans une toile de jute grossière, attachée par un clou épais comme mon petit doigt. En ces temps de paranoïa terroriste généralisée, il est presque étonnant que ce paquet n’ait pas été saisi par la DST, qui en passant, aurait sans doute grincé des quenottes en décortiquant les textes d’Œuvre Au Noir (2004), pavé satirique et ordurier de Jean-Louis Costes, pourfendeur libertaire du bon goût et du bien-pensant, provocateur national porno-scato-social, sodomisateur verbal (et pas que) et enculeur public numéro un, déjà poursuivi maintes fois par la ligue des Droits de l’Homme, le MRAP, la LICRA, l’UEIF, le procureur de la République, – j’en passe -, pour “diffamation raciale” et “incitation à la haine raciale”, ce qui prouve bien que la France n’aime pas qu’on lui mette le nez dans son caca (d’ailleurs, elle n’aime pas le caca tout court), encore moins au second degré et qu’elle n’a rien compris à l’Art, ni à la caricature. Morceaux choisis, dé-gueulés au vocoder sur fond de harsh-noise crado-gaga (censeurs, âmes pudibondes et chameaux de vertu : s’abstenir) : « Et j’en ai rien à foutre de m’faire arrêter pour mes chansons de merde… J’vais tous leur nicker la gueule ! », « Alors moi Costes je vais faire le putain de boulot de merde ! Je vais tous les enculer ces PD, j’vais sortir avec un fusil, j’vais aller m’foutre à la sortie d’la Synagogue, d’la Mosquée et de l’Eglise des prêtres collaborateurs qui nous ont vendus aux immigrés et aux juifs… et j’ vais tous les démoliiiir, et j’vais tous les crameeer ! », « Le Diable a craqué ! Les tours ont cramé ! Pauvres pompiers, pauvres immigrés ! J’me suis cramé moi, mais bon ça va, mon t-shirt Diabolica est intact »…

amourtout package

Etrange aussi, parce que dans cet emballage fangeux se cachait une vraie pépite. Unique album de The Gault, enregistré en 1999, Even As All Before Us n’est publié que cinq ans plus tard à mille petits exemplaires. The Gault est, ou était, un quatuor de San Francisco formé par John Gossard du groupe de doom-death Asunder, Lorraine Rath d’Amber Asylum, Sarah Weiner (Weakling, Amber Asylum), et Ed Kunakemakorn dont j’ignore à peu près tout du passé musical. Preuve que la parité a parfois du bon, ces deux garçons et ces deux filles ont pondu un disque de Dark Music (il n’y a PAS d’autre mot) à l’ancienne fabuleux et sincère, fondamentalement opprimant ou foncièrement déprimant, selon votre point de vue. La profondeur et l’intensité de la voix de Gossard n’ont rien à envier à celles d’un Nick Cave, d’un Michael Gira ou d’un Rozz Williams. Et pas de simulacres non plus du côté des instruments, bruts et francs et sans vernis, qui célèbrent le retour à l’essentiel et la force de la matière première du son : lourds et les tripes à l’air comme aux heures sombres de la deuxième génération No-Wave – Swans et Birthday Party -, noirs et habités à la manière de Bauhaus ou de Christian Death au début des années 80. Even As All Before Us a la beauté laide d’un dimanche pluvieux.
www.amortout.com
http://costes.org
www.myspace.com/thegault
Francoise Massacre
Publié dans : VERSUS MAG #9 (Septembre 2006)

couv VERSUS MAG #9



MADE OUT OF BABIES – Coward
9 septembre 2006, 16:09
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MooB - Coward 2006
(Neurot Recording, 2006)
Noise

Coward s’ouvre sur un rugissement colérique. Les instruments déboulent, brutaux et résolus comme des taureaux dans l’arène Noise, façon Chicago des 90’s. Le ton est donné, ou plutôt, il est jeté à la face en guise d’avertissement à l’attention de tous ceux et toutes celles à qui Julie Christmas les avait déjà brisées menues avec Trophy, l’album précédent. Traduction: «passez votre chemin». Quant à vous, les autres, vous qui aviez supporté sans broncher la schizophrénie affectée de la mère Noël, vous qui aviez cédé par faiblesse à ses injonctions de gamine hystérique et capricieuse, vous que la tigresse-femme avait finis par dompter, vous qui vous étiez laissés attendrir et abuser par ses minauderies surjouées, rassurez-vous car Julie captive toujours autant qu’elle exaspère.
Réjouissez-vous aussi, car allez, disons-le, Coward n’est pas un deuxième album pour rien et les Made Out ont appris à être encore plus directs, plus épineux et surtout moins sussucre: on retrouve les guitares angulaires, les basses en métal hurlant à la Bob Weston (ça n’étonnera personne, Coward a été enregistré par Vous Savez Qui), les rythmiques hachées et massives, et toujours ce groove froid, qui bien qu’encore proche de celui d’Unsane cherche aujourd’hui à s’en émanciper. Oui, depuis Trophy, le son dense des New-Yorkais a pris de la bouteille et du tranchant, les compositions de l’assurance, de la complexité et du relief. Du relief, de vraies montagnes russes. Et quoi qu’on en dise, Julie Christmas y est pour beaucoup. Car elle a beau en faire des tonnes et avoir une grande gueule, c’est bien elle qui fait avancer la machine. Une fois dépassées les premières crispations, on entrevoit enfin toute la dimension dramatique contenue dans la voix changeante de la minuscule frontgirl, qui tour à tour feule, gémie, glapie, piaille, miaule, chuinte, hurle, pleurniche, couine, hennie, vocifère et trépigne ; et déverse sa bile, vomie ses tripes et crache son venin. Oui. Tout ça, et même plus : elle chante, elle raconte les noyades, les animaux écrasés, les ongles dans le cerveau, les rats des villes et les cochons ailés, et avec des mélodies tordues, elle réussit à embarquer les morceaux dans des endroits complètements inattendus. Alors même si on redoute l’overdose d’affects et de théâtralité, on ne peut pas se contenter de survoler ce disque. Il faut vraiment oser en pénétrer les méandres, les coins et les recoins pour en trouver la clef. Je pense qu’au fond, pc’est ça qu’ils ont voulu dire par «Coward».
www.madeoutofbabies.com
Francoise Massacre
Publié dans: VERSUS MAG #9 (Septembre 2006)
couv VERSUS MAG #9



ZOOM – DEATH TO PIGS: Türkish Kebab Über Alles!
5 septembre 2006, 16:18
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Death To Cochonou
Si ce bon vieux Tom n’existait pas, je l’aurais inventé, voire même enfanté pour qu’il invente myspace, car je vais vous dire une chose, ce truc a parfois du bon. Et qui sait si sans myspace, je ne serais pas passée à côté du meilleur groupe de rock français qu’il m’ait été donné d’entendre depuis des lustres…

Death To Pigs, «juste une référence à Charles Manson, à Sharon Tate, aux Black Panthers aussi… La fin du grand délire hippie ! C’est un peu provoc, ça sonne dur… ‘mort aux porcs’, c’est destiné à l’autorité, à toutes les représentations du pouvoir ». Nos Cop Shoot Cop lorrains en somme… J’aurais pu citer Parabellum et Cayenne, sauf que musicalement, Death To Pigs (et pas Mort Aux Porcs) a bien plus à voir avec l’héritage punk/post-punk/hardcore anglo-saxon qu’avec nos alternos français en rangeos, et dans ce registre, les influences du quatuor nancéen brassent fort large et fort bien «Black Flag, Killing Joke, Germs, Wire, Contortions, The Fall, Jesus Lizard, Bauhaus, Birthday Party, mais aussi plein de garage, de la no-wave, du punk rock, des trucs tordus, du hard-core 80’s, de l’indus, un peu de metal, GG Allin et bien sûr Kiss».
death to porcins
Le groupe se forme en 1998, splitte en 2001 au moment où le guitariste part fonder For My Hybrid, et se reforme en 2003 avec Pavel, le nouveau gratteux. Ils tournent un peu en France et en Belgique, et en 2005 sortent en DIY un premier 45 tours éponyme 9 titres numéroté à 300 exemplaires (dépêchez-vous, j’ai eu le 241) : une vraie petite bombe punk-noise ultra-tordue «du punk pété au LSD», qui fait penser à tout (Scratch Acid, mémé Smith et The Fall, les Dead Kennedys, No Means No, j’en passe) et à rien, rien de mauvais. Un an plus tard, Death To Pigs partagent un split LP fulgurant et vivement conseillé avec leurs acolytes nancéens, non-moins bons mais tout aussi dégénérés Gu Guai Xing Qiu qui bastonnent dans un registre plus Pattonesque/Locustien. «Un groupe de freaks, de la racaille… Ils doivent d’ailleurs s’extrader bientôt en Chine où ils sont de véritables idoles communistes». On n’en saura pas plus… Récemment, ils cèdent un des titres de leur 45t pour une compilation téléchargeable en hommage à Feu-John Peel (www.tributetojohnpeel.org) aux côtés d’autres groupes de la relève hexagonale pas dégueus comme Kimmo, Gâtechien, Chevreuil ou Enregistré Par Steve Albini.
Mais surtout, on attend le premier vrai album en bavant. «On vient d’enregistrer 14 nouveaux titres fin août, on a dû tout enregistrer en trois jours, ce qui est un délai confortable lorsque l’on sait que nous avons enregistré le split LP en seulement quelques heures. C’est le batteur des Gu Guai Xing Qiu qui nous enregistre à nouveau… Ça reste difficile à décrire mais on devrait sentir une évolution entre les deux derniers disques et le nouveau. Nos compos sont plus longues, certaines atteignent 1mn30, il y aura des ballades, beaucoup, beaucoup de romantisme comme d’habitude, des arrangements de dingues, des chansons pour brûler du speed, des réflexions pertinentes sur l’existence, les bizarreries exotiques habituelles et encore des chansons sur les kebabs,… On va chercher un ou plusieurs labels pour produire un LP. On a aussi un projet de split 7’’ avec The Intelligence. On évite de s’avancer pour les dates de sortie, labels. Quand tu pratiques ta musique en DIY depuis plusieurs années, t’apprends à ne plus faire de prévisions hâtives ! On avance à notre propre rythme, en dilettante». Soutenez-les, achetez leurs disques (dans toutes les bonnes crémeries indé ou via deathtopigs[at]free[dot]fr), faites-les jouer, parce qu’un groupe barjot dont le sombre dessein est de chercher «l’équation parfaite entre Kiss et Throbbing Gristle» ne peut pas être foncièrement mauvais.

DEATH TO PIGS – 7’’st (Autoprod) & Split w/ Gu Guai Xing Qiu (Gaffer Records/213 Records/Acide Folik/Ben Le Millionaire/Down Boy Records)

www.myspace.com/deathtopigs
Francoise Massacre
Publié dans: VERSUS MAG #9 (Septembre 2006)
couv VERSUS MAG #9